Santé de la reproduction et planification familiale

Dialogue à bâtons rompus avec les jeunes de Pout

Quid des conséquences de la planification  familiale  sur la santé des adolescentes?  Quelle est l’incidence de la masturbation  dans l’avenir sexuel du jeune ? Quelles sont les limites de la chirurgie dans la restauration de l’hymen ? Quelle place donner l’éducation sexuelle et la santé de la reproduction  dans l’espace familial ?  Quelle considération à la précocité physique des  adolescentes ? Quelle sécurisation  sanitaire et quel impact  de la PF dans  l’éducation et l’activité économique ? Autant de questions et d’interpellations-certes   quelques fois  puériles-  émanant  des jeunes de Pout lors du forum organisé par le Cercle de Réflexion pour le Développement de Pout. Pour répondre à toutes ces interrogations légitimes, les  responsables du SNEIPS,  les chefs de services locaux et régionaux de la Santé de la reproduction et  la représentante  du Projet d’Appui au Système de Santé (Pass-2020) ont chacun apporté des clarifications précises, donné  les explications et conseils nécessaires et surtout exhorté les jeunes à poursuivre cette démarche de sensibilisation sur la santé de la reproduction et la planification familiale.

Dans la grande salle de la mairie où elle s’était donnée rendez vous,  une frange largement représentative de la population avait tenu à  participer à ce forum hivernal qui s’était proposé de décortiquer un des sujets les plus sensibles de la société : la sexualité et la santé de la reproduction.  L’importance du thème n’avait pas laissé indifférents les notabilités locales, les sages, religieux, communicateurs, groupements de femmes  et dirigeants d’associations de jeunes dont les étudiants. Ce fut un premier grand pas dans l’auto diagnostic en matière de santé de la reproduction. 

En introduisant ce cadre de libre expression,  le Dr Malick Badiane médecin chef du district de Pout  a d’emblée instauré un dialogue direct et sans détour sur cette épineuse question  face à un auditoire très intéressé. Après avoir souligné que 31% de la population locale est compris  entre 10 et 24 ans, il a dressé le profil comportemental de l’adolescent sous tous  les cieux. Selon les dernières enquêtes de base,  a-t-il poursuivi, la moyenne d’âge  du  premier rapport sexuel se situait  autour de  18 ans. De quoi faire insister le chef du district sanitaire sur les mutations physiques et psychologiques qui exposent l’adolescente à  une certaine vulnérabilité sanitaire. Dans le contexte d’urbanisation accélérée qui caractérisé la ville de Pout à l’instar des villes émergentes,  le Dr Badiane a incriminé les médias et les nouvelles technologies de la communication qui facilitent  l’accès aux images pornographiques pour tous âges. Et quand s’y ajoutent l’absence d’éducation sexuelle à l’échelle familiale, le mimétisme des fausses références, tous les ingrédients sont réunis pour favoriser les déviances. 

L’absence d’information expose souvent les jeunes à des conséquences regrettables dont les grossesses non désirées, les MST sans compter les mutilations génitales qui, contrairement aux arguments  avancés par leurs pratiquants, favorisent plutôt l’appétition  sexuelle,  voire  le  libertinage. «  Ce qui se passe également à l’intérieur des maisons et le silence complice de la famille est intolérable  » a ensuite dénoncé le Docteur  pour fustiger les incestes et autres relations coupables tout en regrettant la tendance  culte  illustrée par l’habillement en vogue,  le comportement provocateur et la promotion tous azimuts du mode Sexy chez les jeunes.  Dés lors, a conclu  le professionnel de santé,  dans un environnement généralement marqué par la pauvreté et les besoins accrus des adolescents, la prise en charge des jeunes devient un impératif pour les collectivités et l’Etat.

Situé  à 54 km de Dakar et  15 km de Thiès, Pout est connu pour ses fruits saisonniers dont  mangues, oranges, mandarines, pamplemousses et autres primeurs sont proposés aux  voyageurs en transit. Les femmes aux multiples étals achalandés donnant à cette étape de voyage son image d’Epinal.  
Mais depuis  le début de  son industrialisation en 1975, le bourg de jadis impacté  par l’installation de ses premières usines, a fait sa mue. Son  essor urbain a été marqué progressivement par la construction de zones structurées et l’amélioration de l’habitat spontané. Dopée dans sa rapide mutation, la ville s’est étirée sur  une bande de 3 kms  et couvert  990 hectares subdivisés en 11 grands  quartiers. Erigée  en  commune en 1990, elle comptait quelques  29 600 habitants aux  derniers recensements  de 2004 et a connu depuis une décennie un accroissement sensible de sa population avec  l’installation  d’une nouvelle  cimenterie et de nouvelles exploitations agricoles.   

Cette population  en hausse constante  a la particularité  d’être composée de 52 % de femmes et  56% de moins 21 ans. Une cible potentielle  pour  les responsables de la Santé de la Reproduction aux niveaux local et régional ainsi que  le Projet PASS – 2020 qui ont appuyé le Cercle de réflexion des jeunes dans l’organisation  d’un forum. 
Tout en espérant voir Pout se doter d’un Centre-Ado  selon les attentes de  plusieurs intervenants,  le forum du Cercle de réflexion pour le développement de Pout a frappé  un grand coup dans la conscientisation des jeunes,  ce samedi 27 août en pleine vacances scolaires.

S.M.N.