Vingt ans de lutte, cela se célèbre. C’est pour marquer la 8ème édition de journée mondiale contre le paludisme que le programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp) avait convié ce samedi 25 avril au King Fahd Palace tous les acteurs engagés contre ce fléau légendaire. Il faut dire qu'en vingt années, avec au départ, une équipe médicale réduite, un microscope, une table, une chaise et d'autres moyens limités, le Sénégal a pu inverser la courbe de cette maladie réduisant la prévalence de 36% en 1995 à 3 % en 2015. Le budget du programme parti de quelques centaines de millions de CFA est passé également à 60 milliards CFA grâce à l’accompagnement de l’Etat et la contribution de nombreux partenaires.
C’est en grandes pompes que le Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp) crée en 1995, a célébré samedi 25 avril, ses vingt ans de lutte contre cette maladie traquée depuis lors à travers tout le territoire national. Si au début l’on comptait par milliers les cas de morbidité et de mortalité, le Sénégal a maintenant fait chuter cette tendance de manière drastique. Car la prévalence est passée de 36 % en 1995 à 3 % aujourd’hui.
Pourtant personne n’y croyait au début, à en croire le Professeur Omar Gaye, chargé du département de la recherche au PNLP. En effet, les précurseurs n’étaient outillés que d’une chaise, d’une table et d’un microscope. Ce fut donc la naissance en 1995 du premier plan d’action du PNPL avec un budget de 10 000 dollars Us mis à disposition par l’Organisation mondiale de la santé. Entre 96 et 97, le Pnlp a mis en place le Comité de coordination nationale multisectorielle et les acteurs ont alors commencé à abandonner la campagne de chloroquinisation. Un coup d’accélérateur est donné au niveau des 12 districts sanitaires que comptait le pays et le budget va connaitre également une augmentation de 185 000 dollars. EN 1999, ce fut le lancement de Rock Back Malaria au Sénégal en tant que pays pilote grâce à l’appui de la Banque mondiale, de l’UNICEF et de Jica. L’évaluation et l’analyse situationnelle du combat se fera en 2000 et sera suivi d’un plan stratégique de 2000 à 2005 sur financement du Fonds mondial. Ce qui va permettre au Sénégal de réviser sa politique du traitement fondée sur la prévention en 2003. Le premier plan d’action fit ses émules en Afrique au regard de l’efficacité du traitement. Le 25 avril 2006, la journée africaine est célébrée et va donner suite à la journée mondiale. L’Afrique aura réussi cette fois ci à impulser le mouvement grâce au Sénégal qui a adopté des combinaisons à base d’Artémisine avec des campagnes de distribution de moustiquaires imprégnées. La lutte s’est décentralisée et est accompagnée d’initiatives communautaires avec la Pecadom, et d'autres stratégies de diagnostic rapide. La lutte anti vectorielle entre en danse en 2007 avec des séances de pulvérisation intra domiciliaire. Dans le cadre de la prévention, il est question de chimio prévention pour les cas de paludisme saisonnier. En 2010 va naitre le cadre de concertation des partenaires. Avec une forte mobilisation constatée par la coalition des Ong, le secteur privé, les médias, les artistes et les structures de recherche, le Sénégal s’engage dans la couverture universelle avec en ligne de mire l’élimination du paludisme. Pour en arriver à la campagne universelle, 8 millions moustiquaires seront distribuées à travers toutes familles au niveau du territoire national. En dressant le bilan de ces vingt ans, 91 médecins, 39 agents et 41 techniciens de laboratoire ont balisé le terrain.
Le Professeur a rappelé la rencontre d’Abuja en 2000 où il y a eu un fort engagement des chefs d’Etats et de gouvernements à éliminer le paludisme d’ici 2030. D’autres initiatives sous régionales ont joué un grand rôle dans le combat. C’est le cas des initiatives prises au Mali
REDUCTION DE 75 % DE LA MORBIDITE ET DE LA MORTALITE DU PALUDISME
« Les pays africains pas en bonne voie pour atteindre la cible fixée »
Si en 2013, la région africaine a enregistré environ 163 millions de cas de paludisme dont près de 528 000 décès, entre 2000 et 2013, le nombre estimatif de cas de paludisme a diminué de 34 %, tandis que les taux de mortalité liée à cette maladie ont reculé de 54 %. En dépit de ces résultats, les pays de la région africaine ne sont pas en bonne voie pour atteindre la cible fixée pour 2015, qui consiste à réduire de 75 % la morbidité et la mortalité liées au paludisme. C’est ce message que la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Matshidiso Rebecca MOETI a livré aux dirigeants du continent à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme.
S’exprimant à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme le 25 avril sur le thème : « Investir dans l’avenir, vaincre le paludisme », le message du Dr Moeti n’a pas été tendre à l’endroit des gouvernements africains. D’après ce premier haut responsable de l'OMS dans la région africaine, il est possible de prévenir et de contrôler le paludisme par l'utilisation des moustiquaires imprégnées d'insecticide longue durée (MILDA), la pulvérisation intra domiciliaire d'insecticide ainsi que les traitements préventifs chez les femmes enceintes, les enfants de moins de cinq ans et les nourrissons ainsi que le dépistage et le traitement de qualité. Mais d’après le message du Dr Moeti lu par sa représentante au Sénégal, la majorité des pays exposés n'ont pas encore réussi à assurer la couverture universelle contre le paludisme. D’où, selon lui, l'importance d'accroître le financement du paludisme pour sauver des vies et élargir l'accès aux services de prévention, de diagnostic et de traitement du paludisme dans la Région. « Ces actions sont encore plus importantes eu égard à l'impérieuse nécessité de lutter contre la résistance aux antipaludiques et d'autres menaces émergentes, telles que la résistance des moustiques aux insecticides. » La directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique de hausser également le ton envers la région africaine où en dépit des résultats enregistrés, les pays ne sont probablement pas en bonne voie pour atteindre la cible fixée par l'Assemblée mondiale de la Santé pour cette année 2015, consistant à réduire drastiquement de 75% la morbidité et la mortalité liées au paludisme. La cause, l'accès limité aux interventions de lutte antipaludique disponibles et leur sous-utilisation dans les pays constituent les principales causes de morbidité et de mortalité excessives dues au paludisme. Pour preuve, toujours selon la directrice de l’OMS, en 2013, seuls 33% des foyers de la Région ne possédaient pas de MILD et seulement 29% des foyers comptaient suffisamment de MILD pour toute la maisonnée.
Alors qu’il existe un consensus mondial pour réduire la mortalité liée au paludisme et les taux de prévalence d'au moins 90% d'ici 2030 pour éliminer le paludisme. De quoi permettre à ce haut responsable de l’OMS de lancer un appel pressant aux pays et aux parties prenantes pour que les ressources disponibles soient orientées vers les localités les plus touchées par le paludisme et vers les populations et les groupes les plus exposés aux risques de contracter cette maladie. Tout en exhortant aussi les pays et d'autres acteurs à investir dans les systèmes nationaux et communautaires afin de dépister tous les cas suspects de paludisme avant l'administration du traitement. En outre, tous les cas confirmés devraient être répertoriés et rapportés pour déterminer les zones les plus touchées et les groupes de population les plus exposés à ce fléau.
Pour appuyer le Sénégal dans l’éradication du paludisme
LA BID DEBLOQUE 10 MILLIONS DE DOLLARS
Les ressources allouées au Sénégal dans le cadre de la lutte contre le paludisme seront en hausse avec la BID qui s’est engagée à octroyer entre 2015 et 2016 un financement de 10 000 millions de dollars. C’est du moins ce qu’a annoncé le ministre de la Santé et de l’action sociale le samedi dernier à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de lutte contre le paludisme.
Revenant sur la rencontre en Arabie Saoudite à laquelle le Sénégal a représenté l’Afrique, le ministre Eva marie CollSeck qui présidait la cérémonie a laissé entendre que notre pays a été vivement félicité pour les efforts qui ont été déployés dans la voie d’éradication du paludisme. Toute une stratégie avec une certaine spécificité a été développée allant des prestations des communautés, des "badienouGokh", de l’implication du secteur privé, la multisectorialité. Ceci a fait que la voix du Sénégal a été bien entendue, a ajouté le ministre de la santé et de l’action sociale. Cette dernière d’ajouter que d’ailleurs que la BID va débloquer entre 2015 et 2016, une enveloppe de 10 millions de dollars pour accompagner le Sénégal dans la voie de l’éradication du paludisme. L’institution financière est prête à faire plus, a-t-elle rajouté, devant l’assistance. Avant de revenir sur les 8 millions de moustiquaires imprégnées à longue duréedestinées aux familles sénégalaises et les efforts qui restent à faire dans la lutte contre cette maladie qui a fait de nombreux décès dans le monde causant un impact réel sur l’économie.
Cheikh Tidiane MBENGUE
(avec Sudonline)

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