En célébrant la journée internationale contre le paludisme à Richard Toll, le Sénégal veut marquer l’année 2016 d’une pierre blanche. Car indiquant le tournant décisif qui a inversé la tendance dans la longue et âpre lutte contre ce fléau qui tue chaque minute une personne dans le monde et dont l’écrasante majorité de cette hécatombe est dénombrée en Afrique. S’inscrivant dans les perspectives d’élimination du paludisme en 2030 telles que projetées par les objectifs de l’OMS, le Sénégal a engagé un Plan d’action 2016 – 2020 sous le signe de la pré élimination.
« La communauté internationale dispose aujourd’hui des outils techniques et scientifiques pour prévenir et traiter les infections au paludisme. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui finance près de 80% de la lutte mondiale contre le paludisme, a sauvé 17 millions de vies et distribué près de 600 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide, depuis sa création au début des années 2000. »
Plus de 214 millions de personnes sont atteintes du paludisme dans le monde. Chaque minute, une personne en meurt et 3,2 milliards de personnes – soit plus de la moitié de la population mondiale – restent exposées. L’Afrique subsaharienne paie le plus lourd tribut avec 88% des malades et 90% des décès. Pourtant, le paludisme, qui se transmet par une simple piqûre de moustique, peut aujourd’hui être prévenu et traité. Il est donc nécessaire de redoubler d’efforts pour éliminer cette maladie qui peut se prévenir. Tous ces décès sont hélas évitables si une riposte appropriée est diligentée par l’augmentation des financements.
Pré élimination
Les efforts déployés depuis les années 2000 à l’échelle mondiale ont déjà permis de réduire de 60% la mortalité liée à l’épidémie. C’est le cas du Sénégal qui pourrait bientôt constituer l’exception dans la sous région si la forte accélération de l’endiguement de cette maladie atteignait tous ses objectifs d’ici 2020. En effet, notre pays a enregistré une régression significative de plus de 50 % entre 2009 et 2015 avec un net recul de la prévalence palustre passée de 5, 9% à 1,2 %.
Entre 2000 et 2015, grâce à la mise à l’échelle d’une intervention multiforme, l’incidence du paludisme a baissé de 37% et le taux de mortalité reculé de 60% pour toutes les tranches d’âge et de 65% chez les enfants de moins de 5ans. Sur 492 253 cas enregistrés en 2015, 526 morts ont été dénombrés.
Le Sénégal qui a boosté le programme national de lutte contre le paludisme(PNLP) semble prendre un nouvel élan pour préparer l’assaut final à l’horizon de 2020. En effet, il s’agit par le nouveau plan d’action stratégique (2016-2020) de réduire l’incidence de la pandémie ainsi que sa mortalité d’au moins 75 % tout en interrompant la transmission locale à travers tout le territoire. Toutes les performances qui ont mis le Sénégal en position de leader dans la sous région sont le résultat d’un engagement politique constant dans la longue offensive contre ce fléau qui avait atteint des pics pendant les années 80. Il fallut atteindre 1995 pour mettre en place le programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) et entreprendre de prendre le taureau par les cornes. Plusieurs étapes ont été franchies dans cette longue confrontation. En combinant la prévention à la prise en charge médicale décentralisée, le Sénégal a traqué le monstre partout au point de le pousser aujourd’hui dans ses derniers retranchements.
En 2016, la stratégie expansive a porté sur la couverture universelle par la distribution gratuite de 8 200 000 moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (Milda) pour couvrir plus de 80% des dortoirs. Et à l’horizon 2020, le budget de guerre estimé à 110 milliards de nos francs devra faire bouter la malaria hors de nos frontières et renforcer les pays voisins dans cette guerre engagée partout en Afrique. Telle est la forte ambition réaffirmée à grande pompe à Richard Toll le 25 avril dernier au cœur de la zone nord du pays qui a maintenant basculé dans la pré élimination selon la cartographie établie par l’évaluation récente des services sanitaires.
Quant au coordonnateur du PNLP, le médecin militaire Mady BA, véritable chef de guerre actionné par le ministère de la Santé et de la prévention, il a toutes les raisons de miser sur une large mobilisation nationale (collectivités locales, communautés, partenaires, secteur privé) pour réussir ce tournant décisif et mettre l’élimination du paludisme à notre portée. La disponibilité permanente des intrants à tous les niveaux et l’utilisation continue des Milda sont les atouts de ce plan ambitieux conforme aux objectifs impartis par l’OMS à l’Afrique. De quoi donner son plein sens au slogan arboré cette année « En finir pour de bon avec le paludisme ». Un thème qui a interpellé tous les autres secteurs de la société sénégalaise pour les inviter à renforcer leur engagement et à bâtir un partenariat global et inclusif contre le palu.
« Une Afrique sans paludisme est possible, à condition d’assurer une coordination solide et la mise en œuvre de stratégies et d’initiatives appropriées… ». Avait indiqué le Dr Matshidiso Moeti directrice de l’OMS dans son message lu par Khalifa Mbengue pour donner le ton à la célébration de cette année.
Sidy Mohamed NDIAYE

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