Cheikh Seydi Ababacar MBENGUE / Directeur Général de l’agence pour La CMU

« Tous les bénéficiaires de bourse  familiale  peuvent être enrôlés  dans les mutuelles de santé… »

Chargé de piloter le programme ambitieux du Chef de l’Etat Macky Sall en vue de l’accès aux soins de qualité aux populations notamment les plus vulnérables, CHEIKH SEYDI ABABACAR MBENGUE DIRECTEUR DE l’Agence pour la Couverture Maladie Universelle qui s’est substituée à la Cellule ministérielle fait le point. Un an après sa mise en route, toutes les créances dues aux structures de soins totalisées à 5 milliards de Cfa sont remboursées. Légitimant la gratuité à plus de 2 millions d’enfants de 0 à 5 ans et 24 000 femmes de césarienne, l’agence a fait de la CMU une réalité en un temps record. Dans cet entretien, son directeur  revient aussi sur les personnes âgées pris en charge par le plan sésame et les malades dialysés gratuitement. Il s’y ajoute les personnes qui bénéficient  des bourses familiales et sont inscrites dans les mutuelles de santé. 

Cette bonne lancée permet au directeur de prôner que 2016 soit l’année de la CMU si les difficultés rencontrées notamment en ruptures de médicaments sont levées au risque de plomber l’envol du programme à la base. C. S. A Mbengue répond également à d’autres préoccupations des usagers, acteurs et partenaires qui contribuent à faire de cette généreuse initiative politique une réalité partagée par tous.

Mise en place  de l’Agence  CMU

En 2014, la décision a été prise par les autorités d’aller vers la création d’une Agence pour la Couverture maladie universelle. L’agence a été crée au mois de janvier 2015  mais elle n’a été opérationnelle en aout 2015 – parce qu’il fallait installer le Conseil de surveillance, élaborer le budget. Il fallait aussi aller vers l’approbation du budget par le conseil de surveillance et le valider par le ministère des Finances. Tout ceci a été achevé au mois de juillet 2015. Cela veut donc dire que nous avons eu en réalité cinq mois d’existence avec un budget. Nous venons de procéder aux recrutements des directeurs et les divisions sont presque toutes en place et nous sommes en train de préparer le déménagement au siège de l’agence.
Bilan de cinq mois d’activités
Ces cinq mois d’activité nous ont permis de couvrir tout le pays, de mettre en place à peu près 300 mutuelles de santé en sachant que sur 20 ans, le pays ne comptait que 385 mutuelles de santé. Nous avons relevé aussi des défis importants au niveau du dispositif. 
De manière générale, on peut dire que le volet de 0 à 5 ans a permis la prise en charge gratuite de plus de 2 millions de cas d’enfants et sans compter les enfants revus deux ou trois fois en consultation. Ces 2 millions d’enfants ont été pris en charge gratuitement dans les postes, centres de santé et au niveau hospitalier. A cela s’ajoutent plus de 24 000 femmes qui ont bénéficié de la gratuité de la césarienne. 500 O00 bénéficiaires sont également enregistrés dans les mutuelles de santé et 1 million 500 milles membres ont bénéficié du programme de bourse familiale.

Ces personnes indulgentes sont prises en charge gratuitement dans les mutuelles de santé. Donc c’est à peu près 2 millions 100 milles personnes qui se retrouvent dans les mutuelles de santé et à ces personnes s’ajoutent ceux qui sont en train d’être enrôlés et cela représente 15 % de la population du pays. L’autre programme de gratuité concerne l’hémodialyse qui a permis à 550 personnes d’être maintenues à vie, parce que sans cela, ces personnes perdraient la vie. Nous sommes en train de relancer et de réorganiser le plan sésame pour les personnes âgées parce que ce programme connaissait des problèmes d’organisation, de fonctionnement. Ce programme a maintenant bénéficié d’une allocation supplémentaire du président de la République qui a fait doubler ses ressources.
En février nous allons organiser un grand atelier de relance du plan sésame pour le remettre sur les rails. Donc tout ceci mis ensemble qui nous permet de dire que 2016 sera l’année de la CMU, l’année de son véritable développement.

Extension de la couverture géographique

Et au cours de ces cinq premiers mois nous avons mis l’accent sur l’extension de la Couverture géographique par les mutuelles de santé - parce que les mutuelles de santé ne concernaient que 14 départements pilotes. Il était convenu que le processus devrait s’étendre progressivement pour qu’à la fin de l’année 2016 dans tout le pays. Mais nous avons accéléré les choses pour couvrir tout le pays en fin 2015. Nous avons organisé des réunions dans tous les départements restants et formé les équipes et les mutuelles de santé qui sont en train de procéder au recrutement des bénéficiaires du programme de bourse familiale. C’est la première chose que nous avons pu réussir.

Légitimer les programmes de gratuité

Le deuxième axe de notre intervention était de légitimer plus fortement les programmes de gratuité qui trainent l’image assez négative des programmes qui n’effectuaient pas le remboursement de manière rapide. Les gens disaient que le plan sésame devait beaucoup d’argent aux structures de santé et qu’il en sera de même pour les 0 à 5 ans. Dès que le budget a été mis en place,  nous avons épongé toutes les factures qui concernaient les césariennes et tous les hôpitaux ont reçu leurs paiements. Cela a été fait pour toutes les factures qui concernaient les enfants de 0 à 5 ans. Aujourd’hui toutes les créances ont été payées, nous avons même mis en place un dispositif  pour que le paiement se fasse très vite à l’avenir.

Paiements  des prestations de soins

Le problème que nous avons à ce niveau c’est que souvent, entre le moment où la prestation est faite au niveau de la structure de santé et le moment où nous recevons la facture de la région médicale, plusieurs mois peuvent s’écouler. Je donne un exemple : nous avons reçu d’une région médicale  une facture dans le troisième tiers du mois de décembre 2015 et cela concerne des prestations du mois d’avril. Au moment où les prestataires réclamaient leur argent, ils ne savaient pas que l’agence n’avait pas encore reçu les factures. Ce qui fait que nous essayons de mettre en place un dispositif de services régionaux pour que les choses soient plus rapides.

La communication

L’autre élément important sur lequel nous avons travaillé durant cette période, c’est la Communication. Mais nous avons surtout travaillé la communication institutionnelle – c'est-à-dire faire connaitre le programme.  Il fallait que les gens sachent qu’il y a une agence et que les Sénégalais soient de plus en plus informés sur ce que l’agence est en train de faire. Nous avons pu le faire par la médiatisation d’un certain  nombre d’activités à travers les CDD que nous avons organisés, des plateaux des télévisions et des radios. Nous allons vers  la seconde phase qui est celle des programmes de radio, c'est-à-dire dire des spots radio dans les prochains jours sur la césarienne, les 0 à 5 ans, les mutuelles de santé etc. Mais cette information au niveau central va s’accompagner d’une communication de proximité avec les visites à domiciles.  

Difficultés des médicaments  

Les difficultés liées à la disponibilité des médicaments constituent aujourd’hui le grand problème du programme parce que nous payons sur la base d’un forfait. Par exemple au niveau des centres de santé, pour chaque  enfant traité, nous remboursons 4500 F les médicaments inclus. Alors que si l’on dit à la mère de l’enfant qu’il y a rupture de médicament et on prescrit une ordonnance à lui faire payer, cela  veut dire que le service n’est donc plus gratuit. Cela ne relève pas de notre responsabilité car souvent les gens se plaignent de cette situation. C’est un des dysfonctionnements du système  et un problème que nous avons posé au ministère de la Santé et de l’Action sociale pour qu’ensemble nous essayions de trouver une réponse à cette question. Les mutuelles de santé déplorent pour leur part avoir consacré des ressources importantes à l’achat des médicaments auprès des officines privées alors que la CMU n’est pas destinée à financer le secteur privé. Cependant, nous n’avons rien contre le secteur privé, mais nous aurions préféré que les ressources de la CMU aillent vers les structures publiques de santé qui en ont besoin. Mais si les structures publiques n’ont pas de médicaments et que les bénéficiaires de la CMU sont obligés de se  tourner vers  les privées, cela devient plus cher pour lui et pour la mutuelle. 
  
Régions et départements en avance sur les mutuelles

Il y avait 14 départements pilotes. Les départements de Dakar, Mbour, Mbacké Goudomp figurent dans cette phase pilote ainsi que les autres départements  chefs lieux de régions. Evidemment Ces départements pilotes sont plus avancés aujourd’hui dans la couverture du programme et le processus est très  avancé à Rufisque et Dakar. Dans les régions, c’est Kaolack  qui se présente aujourd’hui en leader du point de vue du dispositif.  A Nioro et Guinguinéo, il y a un développement intéressant alors que ces départements n’étaient pas dans la phase pilote. Ce qui fait que quand nous y sommes passés pour les intégrer dans le dispositif, nous avons vu que le travail avait été fait à moitié. Cela nous a permis d’avancer plus vite.  Kaolack est la seule région du pays où les bénéficiaires du programme de bourse de sécurité familiale sont pris en charge dans tous les départements. A Louga par exemple le processus a commencé  par une prise en charge des bénéficiaires du programme de bourses depuis le mois de juillet, mais dans le seul département pilote de Louga. Kébémer et Linguère n’étaient pas concernés.
Il y a trois jours nous avons signé une convention avec toutes les unions régionales et les départements. Ce qui fait que maintenant dans tous les départements du pays les bénéficiaires du programme de bourse familiale peuvent être enrôlés dans les mutuelles de santé.
  
Propos recueillis par 
Cheikh Tidiane MBENGUE