La journée mondiale de la vue célébrée le 08 octobre dernier a permis de passer de diagnostiquer le regard à travers le monde, mais surtout de passer en revue clinique l’œil des Sénégalais fortement menacé par le brouillard d’une politique sanitaire qui marginalise la santé de cet organe central. En effet, si l’on estime à quelques 165 000 les personnes qui ont perdu la vue, il faut en ajouter près de 500 000 mal voyants sans compter tous ceux, innombrables, qui trainent des baisses de visibilité.
Même si les maladies liées à l’œil ne tuent pas, elles sont handicapantes notamment pour les personnes en âge d’activité. Dépendance, mendicité, exclusion sociale résument les travers endurés par les aveugles pour le restant de leur vie. Au Sénégal, la prévalence de la cécité indexée à 1,42% pour une population de plus de 16 millions d’âmes rapporte quelques 165 000 non-voyants. A cette estimation minimale s’ajoute un demi-million de mal voyant. Pourtant comme partout en Afrique au sud du Sahara, ce mal pouvait être évité ou guéri. Mais comme l’a avoué le Pr Boubacar Sarr face à la presse, il faut déplorer la couverture déficiente en soins oculaires et sa très faible fourniture au niveau des postes de santé.
DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE
Au premier plan de ce déficit en soins oculaires, la rareté des ophtalmologistes, 61 au total dont 35 dans le public et 26 dans le privé. On dénombre 126 techniciens supérieurs dont 26 opérateurs de cataracte. En plus de cette faiblesse des ressources humaines, sa mauvaise répartition fait que 81% de ces spécialistes exercent à Dakar laissant en rade 9 régions sur les 14. Par ailleurs, il n’existe pas au Sénégal les autres catégories professionnelles comme les réfractionnistes et les techniciens de basse vision à l’instar des pays anglo-saxons.Ce qui expliquerait que les malades sénégalais des régions voisines de la Gambie se tournent vers ce pays dont l’accès aux soins est de moindre coût. La faible implication au niveau primaire et communautaire, l’indisponibilité et l’inaccessibilité aux médicaments essentiels, l’absence de maintenance des équipements et infrastructures sont quelques points faibles reconnus. Quant au budget alloué à la santé de l’œil, il n’est que de 8 000 000 CFA. Un scandale !
PLAN NATIONAL VISION 2020
Ces insuffisances ont interpellé les autorités sanitaires qui ont mis en plan un plan national de santé oculaire (vision 2020). Il s’agira parmi les mesures de redressement de décentraliser certaines prestations au niveau des districts dont la chirurgie de la cataracte et la formation d’agents de santé spécialisés. D’autres mesures urgentes ont été recommandées. Elles portent notamment sur le recrutement et le déploiement d’ophtalmologues dans les régions et leur accompagnement structurel.
LE CASSE-TETE DES PATHOLOGIES
La cataracte et le trachome constituent les principales pathologies qui affectent les yeux des sénégalais. De 2000 à 2013, le nombre de cas à opérer pour la cataracte est passée de 29 525 à 40 700 dont seulement 12 068 ont pu l’être. 5176 porteurs de trachome ont pu également être opérés sur 5500 demandes. Les couvertures thérapeutiques à l’azithromycine concernent 80 à 85 des malades. L’insuffisance des infrastructures est réelle avec un centre secondaire pour 611 500 alors que les normes de l’OMS l’établissent pour 250 000 habitants.
Sidy Mohamed NDIAYE

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